25/08/2006

La nécessaire réforme de l'enseignement fondamental

La nécessaire réforme de l’enseignement fondamental

 

 

 

Le 1 er septembre prochain, il y aura quarante-quatre ans que le jeune instituteur que j’étais, commençait sa carrière dans l’enseignement communal courcellois, plus précisément à l’école du Trieu des Agneaux pour ceux qui s’en souviendront.

Il est bon de rappeler en préalable qu’être instituteur à l’époque, c’était aller en classe tous les jours de la semaine, samedi compris jusqu’à midi. La journée débutait à 9 h  jusqu’à 12 h puis de 14 h  jusqu’à 16 h. La semaine était coupée par le congé du jeudi après-midi. Il n’y avait pas de vacances d’une semaine ni à la Toussaint ni au moment du carnaval.

Ce rappel de la durée de l’année scolaire s’impose ainsi pour comprendre la diminution importante du temps passé annuellement en classe durant une année scolaire en 2006. Cela se traduit donc par une perte d’environ 70 semaines de cours pour l’ensemble des six années de la durée globale de la scolarité primaire.

 

 

 

Un premier constat en découle: l’enfant de 2006 passe nettement moins de temps à l’école que ses parents en 1962.

 

Un second constat en découle immédiatement, le temps laissé à l’instituteur pour voir l’entièreté du programme sanctionné au bout de ces six années par l’examen cantonal a, lui aussi, fortement diminué.

 

Troisième constat: comme le programme n’a pas été revu à la baisse, ni le temps de la scolarité primaire augmenté, l’enseignant dispose de moins de temps pour fixer les matières fondamentales de base (français et mathématiques), tout en sacrifiant des cours où l’enfant peut apprendre la place qu’il occupe dans la société et découvrir son milieu naturel (histoire, géographie et sciences) mais aussi les cours devenus accessoires comme la musique, le chant, le théâtre, les arts plastiques où l’enfant pouvait se découvrir des talents insoupçonnés.

 

En 1962, l’ensemble des matières à enseigner était régi par le livre de chevet de l’instituteur qu’était le plan d’études de 1958. Celui-ci, rigide, contraignant, définissait les matières qui devaient être obligatoirement connues, branche par branche et année après année. Ce remarquable ouvrage s’adressait à tous les enseignants de Belgique, à quel que réseau scolaire qu’ils appartiennent. Conséquence directe: l’enfant pouvait déménager en cours d’année scolaire ou changer d’instituteur et au-delà du rapport affectif, il n’en sortait pas handicapé.

Ce bel outil a été progressivement abandonné dès le début des années septante. Il ne servait plus de référence qu’aux enseignants à qui il avait été imposé. Cet abandon marque pour moi, le début de la dégradation de l’enseignement fondamental et m’oblige à dénoncer les responsabilités de ceux qui ont eu la charge de l’enseignement de plusieurs générations d’enfants, générations sacrifiées depuis lors par tous les responsables politiques qui se sont succédés et ce, indépendamment des partis auxquels ils pouvaient appartenir. C’est ainsi que chaque ministre, en charge de l’enseignement, y est allé de sa réformette perdant de vue l’essentiel : élever le plus haut possible les connaissances ou les apprentissages de l’enfant. Et sous le prétexte d’avoir une tête bien faite plutôt qu’une tête bien pleine, on a abandonné les principes d’enseignement fondamentaux. A chaque ministre sa réforme, réforme de l’écriture, réforme de la lecture, réforme de l’orthographe, réforme de la mathématique. Les ministres, responsables au premier chef mais aussi les membres de leurs cabinets souvent composés d’enseignants en rupture avec l’enseignement, théoriciens sans pratiques pédagogiques, souvent de la même obédience politique que celle de leur ministre de tutelle, relayés par des inspecteurs, simples courroies de transmission de réformes inadaptées ou carrément stupides, condamnant dès le départ les enfants des milieux les plus défavorisés.

 

 

Pour illustrer ce propos, je me rappellerai cet inspecteur que nous avons subi à Courcelles aux environs de  1970 qui, lors d’une conférence pédagogique, nous affirmait, sans rire, que l’enseignement de l’orthographe avait peu d’importance du fait qu’on utilisait le téléphone alors devenu accessible à tous. C’est le même zigoto qui favorisait la paresse naturelle de tout individu en promouvant ses livres d’orthographe grammaticale d’où disparaissait la copie des mots puisqu’il suffisait d’ajouter ici un « s », un « x » un «  t «  ou un « nt ». C’est le même olibrius qui organisa dans les locaux de l’école primaire de Rianwelz une leçon dite modèle sur l’enseignement de la racine carrée à des enfants de deuxième année primaire alors que la connaissance des nombres et du sens des quatre opérations fondamentales était à peine fixée. Nous en étions à l’époque de la mathématique dite moderne du professeur Papy, réforme déjà pourtant abandonnée dans d’autres pays.

 

Contraints d’enseigner ces  « innovations » la plupart des instituteurs ont tenté de nager entre deux eaux et de retenir des réformes les quelques aspects positifs qu’elles contenaient tout en revenant aux sources de leur art. Et ils ont bien fait sinon la catastrophe que nous connaissons actuellement aurait été bien pire.

Aujourd’hui, le bilan est des plus négatif. Seuls restent face à face, des enseignants qui attendent d’être mieux conseillés, guidés et des enfants qui ont toujours soif de connaissances. Seuls car si le pouvoir politique n’a pas joué son rôle, la famille, très souvent ne joue plus le sien abandonnant à l’école le soin d’éduquer leurs enfants. Or, l’éducation, c’est à la maison qu’on l’apprend et non à l’école.

 

Enfin, un dernier souhait que l’enseignant que je fus, veut exprimer, c’est d’en revenir au travail de la mémoire, outil indispensable à développer si l’on veut élever le champ des connaissances des enfants. Et comme la mémoire, c’est l’éducation de tous nos sens, c’est en revenir à travailler la mémoire de la main (la copie), la mémoire de l’oreille (la parole du maître) mais aussi la mémoire de la vue (la lecture) le tout étant intiment lié pour la compréhension, le développement et l’étude de notre langue maternelle mais aussi de la mathématique.

 

Les enseignants que nous étions, tout comme nos prédécesseurs ont permis d’élever le plus largement possible le niveau global de l’enseignement en Belgique, de l’élever très haut en permettant à la majorité de nos jeunes de toute condition sociale de s’élever par l’étude.

 

 

 

 

L’enseignant d’aujourd’hui devrait être un vrai phénix pour continuer son travail dans les conditions actuelles car la société attend toujours plus de lui sans lui donner tous les moyens indispensables: moyens matériels, réorganisation du temps, la sérénité dans le travail mais aussi et surtout les moyens financiers absolument indispensables si nous ne voulons pas créer les conditions d’un enseignement à deux vitesses: l’un pour les classes aisées de la population, l’autre pour les moins bien nantis.

 

Pour conclure, je vous dirai que j’ai quitté l’enseignement en 1988 pour privilégier ma santé et me consacrer à la vie sociale et politique afin, au moins, petitement, d’apporter ma pierre au refus de la dégradation de notre société et de la marchandisation de l’école.

 

Tous ensemble, nous devons nous dresser contre le fatalisme, l’abêtissement culturel, l’indiscipline généralisée, le manque de respect de soi ou de l’autre, pour plus d’efforts intellectuels et pour l’élévation du jeune individu vers des valeurs positives que l’actuelle dérive mercantile de notre société ne peut lui apporter.

 

Robert TANGRE Conseiller communal

de l’Union Communale Progressiste et Wallonne (UCPW).

09:53 Écrit par UCPW dans Général | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |