26/12/2010

Souvenirs, souvenirs,…

Semois1.jpgOriginaire de Bouillon, cet hiver qu’on présente comme précoce, comme exceptionnel me rappelle mon enfance. Nostalgie sans doute, l’âge venant mais surtout cela me rappelle la liberté dont jouissaient tous les enfants de mon âge.

(photos de Michel D'Hoest)


Pour ne citer que la période hivernale de mes jeunes années. La Semois était gelée. Parfois, l’un ou l’autre intrépide tentait de s’aventurer sur la glace. Les rues étaient dégagées par un chasse-neige. Le sel n’existait pas. Parfois, un camion passait rempli de laitier, deux ouvriers debout à l’arrière jetaient à leur cadence une pelletée de cette matière pour permettre aux voitures de ne pas déraper. La circulation était moindre. On n’avait pas besoin de sa voiture pour déposer le petiot à 500 mètres de son domicile. Canadienne et cartable au dos, moufles et passe-montagne, nous nous dirigions vers l’école TOUTES ET TOUS à pied. Là, les instituteurs nous permettaient de prendre notre traîneau et nous pouvions dévaler le chemin pentu qui débouchait sur la cour de récréation, le tout sous l’œil vigilant de nos maîtres. Je vous revois toujours Messieurs Mathieu et Henrion qui surveilliez le passage plus étroit par lequel nous devons nous faufiler. Vous preniez vos responsabilités conscients du danger que pouvait représenter cette descente. Personne ne vous aurait fait le moindre reproche. Tout le monde vous respectait.

Au retour, c’était autre chose, nous, élèves de l’école communale, nous nous cachions derrière un mur d’une grande propriété qui avait été bombardée quelques années plus tôt pendant la guerre. Nous attendions la sortie des élèves de l’école catholique -on ne disait pas libre à l’époque. Ces derniers sortaient après nous et en attendant leur sortie, nous préparions des boules de neige pour les assaillir. La porte s’ouvrait, les boules s’abattaient . La neige étant épaisse, ils avaient tôt fait de répliquer. Les cris fusaient, d’un côté «  A bas la calotte », de l’autre « A bas les communistes, sic ».

Semois2.jpgLes jeudis (dès 12 h) et samedis après-midi (dès 15 h en hiver), nous nous rassemblions en bandes et là tous réunis, tirant nos traîneaux fabriqués par nos parents qui ne formulaient qu’un seul impératif : « Tu dois être rentré à xxx heure ». Nous avions tout intérêt à le respecter. Alors, direction: le château. Arrêtés à mi-chemin de la montée, nous dévalions la forte pente seuls à plat ventre ou parfois avec un copain sur le dos ou encore formant une longue chaîne de traineaux accrochés les uns aux autres par les deux pieds de celui qui précédait.

Personne pour nous faire le moindre reproche. Pas la moindre circulation. Pas un agent de l’autorité qui nous aurait interdit le jeu. Pas la moindre voiture qui s’aventurait à cet endroit que les écoliers occupaient d’autorité.

Nous n’étions pas riches, pourris, gâtés. Nos plaisirs étaient sains et surtout notre liberté était totale.

Dans les années septante, - cela nous rapproche- je fis de même avec Bruno et Geoffrey. Durant cette décennie, nous avons encore connu des chutes de neige importantes. La rue du Progrès (Forges de Courcelles-centre) était inaccessible aux voitures. Nos enfants, à leur tour, comme nous l’avions fait, descendaient et remontaient sans cesse cette côte, les yeux joyeux, un large sourire illuminant leur visage rougi par le froid

D’autre part, l’instituteur que j’étais à l’époque, accompagné de l’un ou l’autre confrère demandait à ses écoliers de venir à l’école avec leur traîneau. Parents et écoliers arrivaient à pied, les uns et les autres réjouis. Nous partions pour une heure ou deux en classes de neige courcelloises avec nos classes vers la « vallée des kangourous » (elle se trouve à mi-chemin de la rue Vanderlick, là une une grande déclivité aboutissait derrière la cité Renard). Je crois que mes élèves doivent encore s’en souvenir.

Nostalgie du temps qui passe, sans doute mais aussi tristesse de voir que les enfants d’aujourd’hui n’ont plus la possibilité de partir à la découverte du monde. Nous avons vécu la liberté, nous sommes fiers de la confiance dont nous témoignaient nos parents. Aujourd’hui, la liberté est enfermée dans une cage dorée pleine d’interdits. Dommage car l’enfance doit forger sa propre expérience.

Robert Tangre

 

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