20/01/2011

La vieille garde commence à nous quitter.

Jean-Marie Eeckhout.jpgJean-Marie Eeckhout avait 73 ans, foudroyé, il s’est écroulé pour ne plus se relever. Vendredi dernier, un grand nombre de ses collègues et amis étaient présents pour le saluer une dernière fois. Par ce petit mot, je tiens également à honorer sa mémoire.


Après les interventions émues de sa fille et de sa belle-fille, c’est tour à tour Jean-Michel Delcourt, son beau-frère et Michel Daminet, un de ses instituteurs qui retraça sa carrière et surtout qui mit en évidence le sens social élevé de Jean-Marie.

C’est ici, que je voudrais m’arrêter. Jean-Marie a débuté sa carrière comme professeur de morale à l’école primaire de l’Etat à Trazegnies. Puis après quelque temps, il postula et fut engagé à Courcelles comme instituteur primaire et commença à enseigner au siège scolaire de Sart-lez-Moulin où il effectua toute sa carrière et où il devint chef d’école.

Jean-Marie, outre les relations cordiales que nous entretenions à l’époque, nous étions jeunes et croquions la vie à pleine dents, fut nommé définitivement début mars 1963 en même temps que Victor Hamaide à La Motte et moi-même au Trieu des Agneaux.

Tous les trois, nous allions très rapidement prendre le relais de nos aînés et militer en tant que délégués syndicaux de la CGSP enseignement, Victor, président, Jean-Marie, secrétaire et moi-même trésorier. Notre section comptait quelque 120 membres et nos réunions rassemblaient plusieurs dizaines de participants.

Premier engagement social: défendre les intérêts de la corporation: il fallait dire que le salaire d’un instituteur, à l’époque était peu élevé et il était important de savoir compter pour beaucoup équilibrer le budget familial car bien souvent l’épouse ne travaillait pas.

Pourquoi devenait-on instituteur à l’époque? Beaucoup d’entre nous provenaient de milieux ouvriers ou de petits indépendants. Les parents qui s’étaient privés pour que leur enfant s’élève socialement ne pouvaient toutefois pas leur payer des études universitaires.

Une fois entrés dans l’active, les enseignants que nous étions, nos origines nous ont toujours poussé pour que l’enseignement que nous dispensions puisse bénéficier à nos enfants, à tous nos élèves, surtout au profit de ceux et celles qui éprouvaient le plus de difficultés.

A l’époque, on pouvait lire au bout de quelques mois, on travaillait l’orthographe et on faisait de la gymnastique cérébrale avec les mathématiques. Tous, nous avons été déçus et choqués par les mesures prises par les différents ministres qui se sont suivis car ils ont joué aux apprentis sorciers en introduisant des réformes absurdes dont les victimes furent de plus en plus les écoliers. Nous les plus anciens, avons résisté mais quel triste constat tirer aujourd’hui…

En 1978, je fus détaché de l’enseignement auprès de l’organisation de Jeunesse «  l’Union des Pionniers de Belgique ». Mon contrat se termina en 1982 et pendant ce temps, mon emploi sauvegardé changea année après année de siège d’école. Pour mon retour, l’échevin de l’enseignement demanda à ses chefs d’école qui allait prendre sous ses ordres un personnage aussi indiscipliné que moi. Jean-Marie s’empressa de signifier que tel était son désir. J’y retrouvai comme collègues deux amis, Jean-Michel Delcourt et Jacques Letont.

Je ne peux que le remercier de m’avoir choisi car les six années que je passai là furent pour moi enrichissantes sous sa direction amicale. L’école était très familiale et surtout, je réalisai que les parents d’enfants issus de l’immigration suivaient au quotidien leurs enfants et que le dialogue avec nous était des plus cordial.

Je quittai l’enseignement en 1988 sans perdre de vue mes anciens collègues. Jean-Marie arrêta, l’âge de la pension arrivé et s’engagea à nouveau tout comme moi dans un combat social, lui au CPAS et moi au conseil communal.

Merci à Michel Daminet, qui fut de tous les combats avec nous de lui avoir rendu l’hommage qu’il méritait, hommage que nous partagions tous.

Robert Tangre

Commentaires

Bravo Robert, voilà un magnifique hommage que tu rends à Jean-Marie et à notre vieille génération, par la même occasion. Tes commentaires sont empreints de sagesse et de vérités.
Merci.

Écrit par : Jean-Michel Delcour | 05/02/2011

Très bel hommage en effet à notre ami commun qui a laissé durant sa vie, une empreinte éternelle.

Écrit par : Michael | 05/02/2011

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